Robeco: L’inflation n’est pas morte, elle a juste changé de trajectoire

13 septembre 2017 - ,

Robeco
 COMMENTAIRE MARCHES
Lukas_Daalder

Lukas Daalder

Chief Investment Officer
Robeco Investment Solutions

 

 
L’inflation ne pouvant jamais être éradiquée, les banques centrales poursuivront leurs objectifs en la matière, même si les prix baissent, explique Lukas Daalder. 
 
Points clés
  • Les principales banques centrales ont un objectif d’inflation de 2 %
  • Différents changements structurels ont pesé sur les prix
  • L’inflation touche les actifs et non plus les biens et services
 
Pour certains économistes, la désinflation persistante – et la menace accrue de déflation – signifie que les banques centrales vont devoir soit abandonner leur objectif commun de 2 %, soit l’abaisser. Ce raisonnement repose sur la conviction grandissante que la politique monétaire basée sur l’assouplissement quantitatif est inefficace pour soutenir l’inflation et stimuler la croissance économique.
 
Mais ce n’est pas forcément la seule issue, affirme Lukas Daalder, directeur de l’équipe Solutions d’investissement chez Robeco. Selon lui, l’inflation est toujours présente, bien qu’elle s’observe désormais davantage dans les prix des actifs financiers que dans ceux les biens et services traditionnels.
 

Les banques centrales devraient conserver leur objectif de 2 %, même si aucune étude scientifique ne suggère qu’il s’agit du niveau optimal et qu’il a en réalité été fixé de manière arbitraire par la Nouvelle-Zélande en 1989. La Banque centrale européenne, la Réserve fédérale américaine, la banque du Japon et la Banque d’Angleterre continuent de viser 2 % alors que l’inflation dans leur juridiction respective a toujours été inférieure à ce niveau au cours des dix dernières années.

La baisse structurelle de l’inflation semble évidente. Source : Robeco
Pourquoi cette baisse de l’inflation ?
Selon Lukas Daalder, il existe de nombreuses raisons expliquant pourquoi la menace d’inflation (qui, il y a des décennies, était à deux chiffres et a déstabilisé des économies entières) a tant diminué récemment. Parmi elles, le numérique, qui a révolutionné des secteurs tels que les médias, la photographie ou la musique et rendu possible la reproduction quasi gratuite d’articles, de jeux ou de chansons.
 
Deuxième argument, le recul du pouvoir de négociation des travailleurs, avec le déclin des syndicats, la mondialisation et l’automatisation croissante observée dans les filières industrielles à forte intensité de main-d’œuvre. La désinflation est également favorisée par le vieillissement des populations, qui ont tendance à épargner davantage et à dépenser moins. Dans le même temps, le pétrole a perdu de son influence sur les marchés, alors que d’autres formes d’énergie telles que le gaz de schiste ou le solaire ont durablement affaibli les prix du brut.
 
« Tous ces arguments indiquent que l’inflation est structurellement plus faible, une théorie également étayée par les chiffres publiés ces dernières années, poursuit Lukas Daalder. Cela pose la question de ce qui se passera si les banques centrales continuent de viser un taux d’inflation d’environ 2 %, alors que la structure actuelle de l’économie empêche l’atteinte d’un tel niveau. »
 
Un « phénomène monétaire »
« Pour l’économiste Milton Friedman, « L’inflation est un phénomène monétaire qu’une banque centrale peut théoriquement contrôler ». Dans ce cas, pourquoi les banques centrales ne parviennent-elles pas à atteindre l’objectif de 2 % ? Normalement, une augmentation de la liquidité devrait créer « trop d’argent pour trop peu de biens demandés », pour reprendre Friedman, et donc générer de l’inflation. Pourquoi cette inflation ne s’est-elle pas concrétisée ? »
 
« L’inflation s’est bien matérialisée, non pas dans l’univers des biens et services, mais plutôt sur les marchés financiers. Le fort rebond observé dans l’immobilier, le fait que le S&P 500 se négocie à un PER de Shiller de 30,3 fois et le niveau anormalement bas des rendements obligataires (qui signifie que le prix des obligations est élevé) peuvent être considérés comme la conséquence d’une hausse des prix des actifs financiers. Ces actifs n’étant pas inclus dans l’objectif d’inflation des banques centrales, ils ne sont pas considérés comme source d’inflation. »
 
Autres points de vue
Selon Lukas Daalder, un autre groupe d’économistes accepte les arguments expliquant la désinflation mais ils préfèrent se concentrer sur les risques découlant de la baisse de l’inflation, ainsi que des anticipations d’inflation, et sur la manière d’y faire face. Ils citent en premier lieu la perte d’efficacité de la politique monétaire en matière de création d’inflation, qui montre que les taux d’intérêt ne peuvent plus être utilisés comme principal outil en la matière.
 
Ils avancent également que les salaires sont traditionnellement rigides à la baisse : il est plus facile de licencier que de baisser les salaires, ce qui peut nuire à l’activité économique. Enfin, laisser l’inflation se replier signifie que le niveau réel de la dette ne cesse d’augmenter dans le temps (à taux d’intérêt identique) : si une personne souscrit un prêt immobilier à 30 ans sur la base d’un taux d’inflation de 2 %, sa charge de sa dette va s’alourdir en cas de baisse structurelle de l’inflation.
 
« Si l’on examine les déclarations de divers responsables de banque centrale, on observe que la plupart d’entre eux appartiennent au second groupe, note Lukas Daalder. Ce qui semble présager un scénario d’expansion-contraction : les banques centrales, en injectant trop de liquidités dans le système, créent de l’inflation aux mauvais endroits.
 
Il existe toutefois un autre scénario plus positif, dans lequel l’inflation ordinaire va revenir, mais après un certain laps de temps. « Nous sommes quelque peu réservés à l’égard du concept d’inflation morte, commente Lukas Daalder, en partie parce qu’il était répandu par le passé – cela nous rappelle un peu trop le fameux « le cycle économique est mort » qui ressurgit tous les dix ans environ – mais en partie aussi parce que nous pensons que l’inflation ne peut jamais complètement disparaître.
 
Dès lors que l’offre et la demande ne sont jamais parfaitement en phase, l’inflation restera un élément de notre système. On observe en particulier que les marchés de l’emploi se tendent à nouveau, avec une demande supérieure à l’offre. Les évolutions technologiques ont peut-être reporté les hausses de salaires, mais nous ne voyons pas pourquoi celles-ci n’auraient pas lieu, in fine. Dans ce scénario (notre scénario de base), l’inflation reviendra après un certain délai et s’accompagnera d’une augmentation des rendements obligataires.»
 
Retrouvez l’intégralité de l’analyse de Lukas Daalder en anglais ici
   
  

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