Chapitre 8: 12 points-clés pour réussir une bonne interview de crise

9 août 2018

«Parler à la presse est toujours risqué, elle a tendance à rapporter ce que l’on dit», ironisait le sénateur et ancien vice-président américain, Hubert Humphrey. Un litige peut être complexe à expliquer. La partie au litige interviewée n’a aucun intérêt à ce que ses propos soient déformés, sortis de leur contexte ou encore mal compris. Pour éviter tout risque à ce que la situation se retourne contre l’interviewé, une préparation à l’interview ou media training s’impose. Il ne faut alors pas hésiter à y consacrer du temps. Lors de l’interview, il est important de pouvoir transmettre au mieux les messages-clés prédéfinis et de ne pas se laisser entrainer sur des sentiers périlleux par l’intervieweur.

Une préparation adéquate

«Ce sont les réponses qui causent les dégâts, pas les questions», philosophait Sam Donaldson, journaliste et présentateur vedette pendant près de cinq décennies sur ABCNews. Pour arriver prêt et serein à une interview, il s’agit avant tout de clarifier à l’avance le cadre de l’entretien.

Bien connaitre les médias, les étudier, suivre leurs évolutions respectives et entretenir de bonnes relations sont des prérequis permettant de bien se préparer. Cela permettra de déterminer le public cible du média: spécialistes ou grand public. Connaitre un minimum d’informations sur le journaliste qui conduira l’interview, notamment à travers la lecture de ses derniers articles, permettra de se faire une idée sur les sujets qui l’intéressent prioritairement.

Les thèmes ou les sujets de l’interview doivent être déterminés à l’avance, de manière à pouvoir se préparer sur un domaine circonscrit et ne pas s’exposer à des questions hors du champ communément accepté à la fois par l’interviewé et le média. Il est rare qu’un journaliste donne une série de questions en amont, et cela n’a pas en soi un grand intérêt et peut même parfois s’avérer contre-productif. En effet, l’interview se passe souvent de manière spontanée et le journaliste a tendance à rebondir sur les réponses qu’il obtient. De fait, il est susceptible de dévier fortement des questions initialement proposées hors contexte. Il vaut donc mieux bien se préparer à délivrer les messages que l’on veut transmettre au public cible plutôt que de se concentrer uniquement sur des réponses à apporter à des questions spécifiques.

«Le journaliste le plus sympathique en apparence peut aussi se révéler le plus cinglant, prône à vous descendre en flèche à la première occasion», se méfiait l’avocat et politicien américain, Edward Koch. Une prise de contact préalable avec le journaliste permettra de définir les angles qui seront abordés et potentiellement parfois même d’avoir une trame de l’interview.

Sur la base de ces informations, il s’agira de préparer les messages clés à placer pendant l’interview. Il faudra penser également à user de références, d’exemples et de décrire des situations de manière convaincante et illustrant de manière pertinente vos propos. Le journaliste souhaite des informations originelles basées sur des faits concrets. Mais la mise en scène de ces informations factuelles est tout aussi importante.

Afin de ne pas se laisser surprendre par certaines questions, il s’agira de les anticiper au moyen d’un Q&A. Afin d’établir ce document et de le rendre le plus pertinent et utile possible, il faudra essayer de déterminer quels faits et informations le journaliste pourrait collecter à propos de l’affaire et quels arguments et contre-arguments pourraient être évoqués.

Il serait également indispensable de savoir si d’autres intervenants se joindront à l’interview. Il se peut qu’il s’agisse d’experts ou de représentants de la partie adverse. Mieux vaut être bien armé pour ne pas se laisser déstabiliser.

Pour finir, il est important de vérifier que les citations pourront être relues avant publication. On s’assure ainsi que les propos tenus ne seront pas déformés et que le journaliste les retranscrira correctement. Bien entendu, les éventuelles modifications qui découleraient de cette relecture ne peuvent concerner que la forme ou le ton du discours et la correction d’erreurs factuelles. Une relecture accordée par le journaliste n’est donc en aucun cas un blanc-seing pour se laisser aller à un discours libre et sans limites pour ensuite tout réécrire. On s’expose alors à un refus total de modification de la part du media et à un dommage réputationnel potentiellement important.

12 conseils pour une interview réussie

1. Rester détendu! Cela semble banal, mais ça permet de ne pas se précipiter à répondre.

2. Ne jamais baisser la garde! L’interview est par nature antagoniste. Même la plus amicale. L’interviewé et le journaliste ne suivent jamais le même but. Il est crucial de toujours garder ce postulat  en tête, au risque de se faire emmener dans une direction non souhaitée.

3. Toute interview a son thème. Il s’agira de «fixer» ce thème dans l’esprit du journaliste en restant focalisé sur le message originel préparé à l’avance. Celui-ci doit être placé aussi souvent que possible, «martelé» et alimenté d’exemples qui le renforceront.

4. Les réponses seront de préférence courtes et précises. Le journaliste ne dispose pas d’un temps illimité. Il faut donc rester conscient des contraintes de temps.

5. Les réponses doivent être compréhensibles pour le journaliste qui est la plupart du temps un généraliste et non un spécialiste. Il n’aura pas forcément eu le temps de s’informer en détails sur l’affaire et d’en mesurer la complexité. Les propos devront également être compris par le public du média en question. Privilégier un vocabulaire simple et imagé et éviter les notions techniques. C’est également une bonne manière de s’assurer que les propos sont retransmis dans leur exactitude et pas déformés.

6. Le journaliste pourrait avancer des arguments repris de la partie adverse. Ces arguments ne sont pas dirigés contre l’interviewé. Généralement, le journaliste est fondamentalement objectif et cherche simplement à établir les faits. Ses questions parfois déroutantes ayant été pour la plupart anticipées dans un Q&A, ne devraient pas être trop déstabilisantes. Il s’agira d’éviter à tout prix le conflit direct avec le journaliste.

«Les gens oublient ce que vous dites, mais ils se souviennent de ce que vous leur avez fait ressentir», Warren Beatty, acteur, réalisateur, producteur et scénariste américain.

7. Si l’on ne dispose pas d’une information au moment de répondre à une question, passer directement aux messages-clés qui ont été préparés. Le cas échéant, on peut proposer au journaliste de «revenir vers lui avec l’information exacte ultérieurement».

8. Eviter le «sans commentaires». Rien ne donne plus l’impression de culpabilité qu’un évasif «sans commentaires».

Rappel: on se doit de toujours répondre à une question mais on n’a pas besoin de donner une réponse à la question qui est posée. Par conséquent, il faut tout de suite réorienter la discussion vers les messages-clés, quitte à ne pas répondre exactement à la question posée.

9. Que l’interview se passe par téléphone, dans une salle, ou dans un café, le journaliste doit signaler clairement quand elle commence. Il faut systématiquement signaler au journaliste les moments où l’interview est «off-» et «on-the-record». Il est toutefois crucial de comprendre que l’on n’est jamais complètement «off-the-record». Ne jamais faire de commentaires sensibles que l’on n’aimerait pas voir écrits dans les médias et cela même si c’est «off-the-record».

10. En cas de forte émotion ou de surprise, il est indispensable de prendre du recul, de marquer un temps d’arrêt pour rassembler ses idées. Prendre une profonde respiration avant de répondre et penser aux messages-clés. L’objectif principal des entrainements aux interviews réalisés avec le soutien d’un conseiller en communication ou un directeur de communication est justement de s’assurer que l’on se sent parfaitement à l’aise et que l’on maîtrise aussi ses émotions.

11. Dans le cas où la même question est posée plusieurs fois, donner la même réponse plusieurs fois également. Les journalistes poseront parfois la même question de différentes façons. Ils ne visent pas forcément à piéger leur interlocuteur, ils sont formés pour obtenir le plus d’informations possible. Pour éviter d’en dire trop et de risquer de transmettre des informations erronées, la meilleure défense consiste à se répéter. Tout en gardant à l’esprit que le seul but est de faire passer les messages-clés.

12. Le silence n’est pas un problème. Les journalistes marquent souvent des pauses pour voir si l’interviewé veut ajouter quelque chose. Parfois l’interviewer a besoin de ces minutes pour finir de prendre des notes ou les relire pour rebondir sur l’une ou l’autre des réponses qu’il a obtenues. Souvent c’est aussi un test qui peut sembler anodin mais céder à l’envie de «remplir le vide» peut s’avérer très risqué et mener l’interview dans une direction non souhaitée. Il s’agira alors d’attendre tranquillement que le journaliste passe à la question suivante.

Si cette méthodologie peut s’appliquer efficacement lors d’une rencontre avec un représentant des médias écrits digitaux ou papier, un média training spécifique sous la direction de professionnels aguerris et une préparation beaucoup plus «poussée» seront nécessaires pour réussir une prise de parole «live» à la télévision ou à la radio, voire sur un média vidéo online.

 


À propos de l’auteur

Rohan Sant – Associé, Voxia communication

Rohan Sant est associé au sein de Voxia communication et Senior PR Consultant. Il combine une expérience de journaliste économique et financier avec des compétences de communication d’entreprise. Rohan Sant a par ailleurs assumé les fonctions de chef d’édition de l’Agefi et de rédacteur en chef de Market magazine. Il a aussi été directeur au sein du département de communication de l’Union Bancaire Privée à Genève où il était responsable des relations presse, des publications et du branding. Il est l’auteur du livre «Comment en vient-on aux délocalisations et à la désindustrialisation en Suisse». Outre ses études universitaires sanctionnées par une licence en Histoire, Rohan Sant est Webdesigner et Chef de projet certifié.

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