Chapitre 2: Les avantages du Litigation PR dans une procédure judiciaire

22 février 2018

 

Celui qui me vole ma bourse vole des broutilles; c’est quelque chose, ce n’est rien, ce fut à moi,
Mais celui qui me dérobe ma renommée, celui-là sans s’enrichir me rend vraiment pauvre
– Othello,  William Shakespeare –

 

L’objectif de tout procès est d’obtenir justice. Indépendamment du fait que cet objectif soit atteint ou non à la fin du procès, l’issue de l’affaire portera vraisemblablement atteinte à la réputation d’une personne et ce, à tout jamais. Dans le monde médiatique actuel, les entreprises et les particuliers sont jugés par l’opinion publique bien avant qu’un verdict ne soit prononcé au tribunal. Le jugement public est généralement rendu très rapidement après le dépôt d’une plainte, sur la base de spéculations plutôt que de preuves, de ressentis ou de perception plutôt que de justice.

Les systèmes et pratiques judiciaires n’ont pas évolué au même rythme que les changements radicaux intervenus dans le monde médiatique ces vingt dernières années. Ainsi, le choc fréquent de culture entre avocats et spécialistes en communication n’est guère surprenant, si l’on compare les rouages lents de la justice à la vitesse « en temps réel » de la communication, notamment digitale. Cependant, une vraie collaboration  entre ces deux disciplines n’a jamais été aussi nécessaire. Bien que la règle du «sub judice», visant à empêcher toute déclaration publique pouvant influencer la procédure judiciaire, soit révolue depuis longtemps, cette retenue ne se reflète pas pour autant aujourd’hui dans la cour de justice. Le commentaire classique « Nous ne faisons aucun commentaire sur l’affaire en cours » est régulièrement noyé par un débat médiatique émotionnel, qui juge à l’avance les parties concernées et détruit du jour au lendemain la confiance placée dans les dirigeants, les individus ou les institutions. Force est de constater que les gros titres relatant des actions en justice en cours ont beaucoup plus d’impact que l’annonce d’un acquittement qui peut survenir plusieurs mois, voire des années plus tard. Notre environnement médiatique actuel a précisément mis fin, non seulement à la règle du «sub judice», mais aussi au principe de «présomption d’innocence». Dans ces circonstances, la communication ciblée est tout aussi importante qu’une défense juridique solide sur le long chemin menant au procès.

Toute partie  prête à intenter une action en justice a avantage à évaluer en amont et à côté des éléments légaux, les aspects de communication abordés ci-dessous:

  1. Clarté: une communication concise sur tous les aspects de l’affaire, ainsi que des lignes de communication claires et unifiées favoriseront la compréhension de l’affaire pour toutes les parties prenantes.
  2. Solidarité: l’implication systématique de toutes les parties prenantes importantes avant, pendant et après le procès permettra de réunir un groupe solide de partenaires alliés et favorisera leur compréhension de l’affaire.
  3. Publicité: le développement d’une activité hors tribunal, une influence active sur l’opinion publique et le dialogue continu avec les médias contribuera fortement au débat.
  4. Protection: une communication professionnelle et respectueuse offrira une protection accrue aux personnes concernées (accusés, employés, victimes, parties liées).
  5. Justice/Equité: une participation active au débat dans l’opinion publique (gestion de la perception) participe à la garantie d’une meilleure justice.

 

  1. Clarté

On peut dire que la communication est le dénominateur commun entre la cour de l’opinion publique et la cour de justice. Alors que le débat entre avocats dans une salle d’audience peut être un feu d’artifice verbal impressionnant, rythmé par une terminologie juridique, le débat médiatique fera appel à des arguments empreints d’émotion, à des termes populaires et à des déclarations sensationnelles. Il n‘est donc pas surprenant que l’opinion publique soit plus susceptible d’être influencée par les messages utilisés. En intégrant dans le cadre de la procédure judiciaire une stratégie de communication, on peut s’entendre sur un langage commun et une approche holistique, participant ainsi à une communication efficace au cours des différentes étapes du procès.

  1. Solidarité

Une affaire judiciaire ne touche que rarement uniquement les parties directement concernées. Il existe de nombreux autres intervenants dont la vie et le travail peuvent être affectés ou se trouver radicalement modifiés par l’issue du procès. Il est important pour les entreprises et les particuliers de maintenir un dialogue avec les parties prenantes les plus importantes pendant toute la durée de la procédure. Cela renforcera la confiance et assurera la solidarité entre partenaires alliés, ce qui peut s’avérer très utile au fur et à mesure que le débat médiatique se développe avant le procès. Pour ce faire, il faudra mettre en place des procédures et une communication bien rôdées. Enfreindre ces mesures pourrait affaiblir les positions d’une partie et lui faire prendre des risques supplémentaires, souvent au plus mauvais moment de la procédure.

  1. Publicité

La digitalisation a entraîné des changements majeurs dans le paysage médiatique, qui ont radicalement changé la manière de collaborer avec les journalistes. Le nombre de chaînes de médias classiques diminue rapidement, tandis que les chaînes numériques ont connu un développement exponentiel. Néanmoins, le débat public sur les litiges juridiques importants reste largement animé par les médias classiques. Ainsi, les équipes éditoriales se réduisent et les journalistes perdent en spécialisation. Dans ce contexte, il est recommandé de travailler de façon proactive avec les médias avant, pendant et après un procès. Avec cette réduction des effectifs, il est devenu nécessaire de créer des liens encore plus forts avec les journalistes et, si possible, de préparer le terrain avec les médias avant que les informations liées au procès ne soient largement diffusées. Dans certains cas, les articles mal documentés basés sur des inexactitudes ou même de fausses informations peuvent ainsi être évités. En fonction du sujet et du contexte, une communication proactive via les médias sociaux pourra également apporter une contribution positive.

Proposer des discussions de fond, offrir des renseignements sur le contexte du contentieux, ou même proposer aux journalistes l’accès à des experts peuvent contribuer à un traitement plus équilibré de l’affaire. Un plan systématique de gestion des relations avec les médias pourra garantir que la bonne information soit publiée au bon moment et dans un ton approprié. Par ailleurs, les accusations pourront être combattues avec rigueur sans mettre en péril les éléments stratégiques de la défense, et ainsi éviter que ces informations fallacieuses ne soient considérées comme des vérités par l’opinion publique.

Non moins important, il faudra probablement mettre en place une gestion systématique des réseaux sociaux afin de soutenir la stratégie juridique.

  1. Protection

Au cours d’un litige, toutes les parties concernées sont exposées à des risques. Pour les dirigeants d’entreprise, le risque d’être le bouc émissaire de l’un ou l’autre des problèmes de la société qu’il dirige est élevé. Dans un tel cas, il est fortement recommandé d’obtenir le conseil et le soutien, non seulement des spécialistes juridiques, mais également des experts en communication. Les maladresses ou les erreurs les plus remarquées peuvent rapidement signifier la fin d’une carrière professionnelle.

Une communication bien gérée est l’un des meilleurs moyens de protéger les parties et les victimes potentielles d’une action en justice.

  1. Justice et équité

Si le but de chaque équipe juridique est d’obtenir un procès impartial, un débat public équitable, pour autant qu’il ne puisse pas être évité, doit être l’objectif du Litigation PR.

Quoi de plus injuste qu’un long procès où l’accusé est publiquement humilié et discrédité pour finir par un acquittement que personne ne voudra entendre !

Avoir un plan de communication et gérer les flux d’informations permettront une plus grande équité dans un litige et contribueront à assurer une véritable justice.

Bien que la prise de conscience de l’importance des relations publiques en matière de contentieux se soit accrue ces dernières années, les stratégies des spécialistes en communication restent encore souvent négligées par les avocats pris dans le feu de l’action en justice. Même lorsqu‘un mandat de communication a été octroyé, les événements conduisant au procès gardent leur autonomie et provoquent une fracture difficilement réparable entre ces deux disciplines. Il est ainsi impératif de favoriser une meilleure compréhension mutuelle.

À notre sens, les risques qu’un juge puisse être influencé par les seuls efforts de communication entrepris sont faibles, compte tenu de l’arène bruyante dans laquelle nous vivons, où un million de voix communiquent sur tous les canaux à tout moment et sur toutes choses. Au contraire, écarter le bruit et entendre la vérité (et rien que la vérité) qui vient de sources informées, devient une responsabilité toujours plus grande dans la poursuite de la justice.

 


À propos de l’auteur

Marion Starck a plus de 25 ans d’expérience en communication de crise et en relations publiques. Elle a géré la communication de nombreux contentieux en tant que consultante et en interne au Royaume-Uni et en Suisse, notamment dans des affaires de responsabilité par le fait des produits, des «class actions» ainsi que des affaires complexes et très médiatisées impliquant des personnalités influentes. Elle conseille ses clients sur leur stratégie de communication. Elle est également une formatrice expérimentée en communication, gestion de crise et relations médias. Fondatrice et directrice de Starck Public Relations et co-fondatrice du réseau Crisis Protection Network, Marion Starck est fréquemment invitée à tenir des conférences ou des séminaires en gestion de crise et en communication d’entreprise. Avant de créer sa propre agence en communication, elle a été directrice générale et membre du conseil d’administration de Burson-Marsteller (Suisse) ainsi qu’associée et directrice de Trimedia Communications. Elle a, par ailleurs, occupé plusieurs postes à responsabilité en communication à Londres.

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